Le mot du mois : les mots de la politique

29 septembre 2020

De renvois en discussions, nous voilà rendus au rendez-vous des élections et, cette fois, ce sont bel et bien trois grandes décisions que le citoyen valdôtain va devoir prendre : renouveler le Conseil de bon nombre de Communes, élire les conseillers régionaux et, enfin, répondre à la question posée par le référendum sur le nombre des parlementaires.

Même si, à l'heure actuelle, les gens ont généralement tendance à se désintéresser de la politique, comme en témoigne la baisse constante de l'affluence dans les bureaux de vote, la question politique suscite toujours un vif intérêt en Vallée d'Aoste, avec un fort électorat actif. La passion pour la chose publique est ici profondément enracinée, peut-être en raison de l'histoire particulière de notre région qui, même sous un régime de monarchie absolue, a connu de larges espaces d'autonomie.

Et véhiculée par la langue, la culture offre encore une autre preuve de cette passion, puisque l'on retrouve le terme « politique » dans pratiquement toutes les variantes de francoprovençal valdôtain : polétécca, polètecca, poleteucca, pouleteucca, poulitécca, jusqu'au poulìtica/polìtica utilisé dans certaines localités de la Basse Vallée (Champorcher, Arnad ou Montjovet, par exemple), avec un accent tonique qui s'est déplacé vers le début du mot, peut-être sous l'influence de l'italien. Comme tous les mots analogues qui apparaissent dans les langues nationales, ces termes dérivent du latin politice, « qui est relatif au gouvernement des hommes », lequel vient lui-même du grec1.

Autre terme que l'on retrouve partout, celui qui désigne le syndic. Et là encore, les mille variantes phonétiques - du santécco de Brusson au senteucco utilisé dans presque toute la haute Vallée, en passant par le sendic d'Ayas et le seuntécquio de Fontainemore - nous ramènent au même étymon, le syndicus latin (un autre emprunt au grec) qui avait le sens particulièrement important de « défenseur »2 (c'est d'ailleurs de ce même terme que vient le mot « syndicat »).

Une tradition valdôtaine fort ancienne est aussi liée à la figure du syndic : celle de la planta di senteucco, cet arbre déraciné et partiellement ébranché qui est planté près de la maison du premier citoyen de la commune. Les origines de ce rituel se perdent dans la nuit des temps, même si elles n'avaient initialement aucun rapport avec la politique. C'était probablement l'une des usances liées aux cérémonies nuptiales de l'époque romaine, qui visait à favoriser la fertilité du couple.3 Et c'est peut-être à cette idée de fécondité, au sens large du terme et non plus seulement biologique, que l'on doit la signification actuelle du rite, qui est de bon augure pour la prospérité du territoire.

Le dernier mot qui mérite d'attirer notre attention désigne l'endroit d'où le syndic administre sa commune, même si le centre de l'administration communale représente bien plus que cela, surtout dans nos petites réalités : c'est souvent un point de référence pour l'ensemble de la communauté, un lieu de rencontre ou de débat. Et les patois valdôtains emploient différentes expressions pour s'y référer. À titre d'exemple, l'on parle dans le chef-lieu régional de la mèizón quemin-a, ce qui signifie littéralement la « maison commune »; tandis qu'à Courmayeur, l'on utilise l'expression méijón dé quieméra (à noter l'intéressante rotacisation de la consonne nasale étymologique, caractéristique du parler de l'endroit) ; à la Magdeleine, c'est méquio quemeunna, avec la variante lexicale locale pour « maison » ; à Ayas, en revanche l'on parle de la tchambra quemeuna, et la« maison »a été remplacée par la « chambre » ; mais à Perloz l'on dit tout simplement quemeunna ; et ainsi de suite...

Le plus évident, dans toutes ces expressions, la notion qui ressort le plus, tient au sentiment de communion, de communauté qui doit être à la base de toute bonne gestion du territoire. Alors, puisse ce concept guider l'action de tous les futurs élus !

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1 VON WARTBURG, W. (1922 ss.). Französisches Etymologisches Wörterbuch (FEW). Bâle: Zbinden. Vol. IX, 130b et s. 

2 VON WARTBURG, W. (1922 ss.). Französisches Etymologisches Wörterbuch (FEW). Bâle: Zbinden. Vol. XII, 495b et s.

3 BETEMPS, A. (2006). La planta di senteucco. Dans: Nouvelles du Centre d'Études Francoprovençales « René Willien ». n° 53/2006, pp. 76-81.